Culture

Dans les écoles de Tours, les jeunes plumes découvrent leur publication « Mots voyageurs »

François JOUVE

Directeur de secteur, région Ouest

Dans les écoles de Tours, les jeunes plumes découvrent leur publication « Mots voyageurs »

Culture

Le 19 mai 2026, les élèves des écoles Rabelais, George Sand et Michelet à Tours ont vécu l’aboutissement d’une belle aventure littéraire soutenue par la Fondation INDIGO. Après plusieurs mois d’ateliers d’écriture menés par la poétesse Albane Gellé, ils ont découvert avec émotion le livre rassemblant leurs textes, édité par Michel Fiévet et illustré par Yveline Bouquard.

Porté par le Printemps des Poètes à Tours, le projet invitait les élèves à explorer les « mots voyageurs », ces mots venus d’autres langues qui ont traversé les frontières pour enrichir la langue française. Il s’agissait avant tout pour les jeunes de découvrir ces mots qui font vivre la langue aujourd’hui et de se confronter au plaisir comme à l’exigence de l’écriture.

Au total, 70 élèves ont participé à cette aventure. Chaque texte est le reflet d’une sensibilité unique, et de la créativité des jeunes auteurs.

Dans la préface du recueil, Albane Gellé rappelle que ces mots « leur ressemblent et nous rassemblent ». Pour elle, découvrir de nouveaux mots permet aussi d’ouvrir son regard sur les autres : « augmenter son vocabulaire agrandit le respect de l’autre ». Une conviction qui résonne pleinement avec l’esprit de ce projet, où la diversité linguistique et culturelle est devenue une source de création, de partage et de rencontre.

La journée de restitution a été marquée par de nombreux moments d’émotion. L’association du Printemps des poètes à Tours nous a transmis le récit de cette belle journée que nous partageons ci-dessous, écrit par Claire Kalfon, poète et secrétaire de l’association. Un grand merci à elle ainsi que Roselyne Texier et Bernard Pico qui portent ces projets à forts impacts chaque année à Tours.

***

Le bout du voyage, c’est aujourd’hui !

Les mots sont de grands voyageurs. De pays plus ou moins lointains, ils sont venus se fondre dans notre langue quotidienne, ils ont tinté à l’oreille des enfants, ils se sont posés sur leurs cahiers d’écoliers, fruit d’un travail d’écriture avec la poétesse Albane Gellé, puis ils sont repartis au Nord de Paris chez l’éditeur Michel Fiévet…pour revenir sous la forme d’un vrai livre dont ils sont les auteurs, les poètes en herbe.

Le 19 mai 2026 ressemble à un jour de fête. Ce mardi matin, arrivent à l’école Rabelais, Albane, Roselyne, Claire et la haute stature de Michel tel un Père Noël avec une bibliothèque dans sa hotte. Tout de suite, dans un silence plein d’impatience la distribution est faite. Sur chaque table, un livre, leur livre !  Certains n’osent l’ouvrir, le contemplent comme un cadeau mystérieux, sous le regard fier et bienveillant de Magali, leur enseignante.  Et puis quelle joie de découvrir enfin son nom parmi d’autres, de reconnaître ses mots…oh ! mais en plus il y a des illustrations ! Lignes et couleurs sous le pinceau d’Yveline Bouquard.

La classe s’anime, on échange ses impressions dans un pépiement de volière, les questions fusent vers Michel qui leur explique en quoi consiste le travail d’éditeur et le chemin parcouru de la page de cahier au livre qu’ils ont aujourd’hui entre leurs mains. Et même un deuxième pour offrir à qui l’on veut !

Le voyage continue direction l’école George Sand où la classe de Séverine va recevoir le même cadeau. Ici une autre ambiance :  un grand calme comme une forme de timidité ou de respect vis-à-vis du livre, objet précieux presque irréel. Certains enfants sont très sensibles à la texture du papier, au format, posent des questions très techniques à Michel sur la fabrication du livre. Une petite fille demande si on va pouvoir l’emporter à la maison. Ont-ils bien réalisé qu’ils en sont les auteurs ? Mais oui, ils se reconnaissent bien dans tous ces mots colorés et appétissants avec lesquels ils nous ont concocté des repas exotiques et poétiques.

Troisième étape : Bernard nous rejoint à l’école Michelet où Sandrine enseigne le français à des élèves arrivés en France depuis peu. Là, un petit groupe d’enfants pour qui les mots venus d’ailleurs prennent tout leur sens : cinq garçons et une fille plus grande, six visages souriants, tous soucieux de bien prononcer ces mots qui leur appartiennent désormais.

Un grand moment d’émotion quand à tour de rôle ils lisent leur poème avec l’accent d’un ailleurs gravé dans leur histoire personnelle. Et quel bonheur de voir l’un d’entre eux serrer le livre contre lui, ne pas le lâcher, le renifler comme un doudou ou un parfum qui fait du bien !

De cette aventure tous en ressortent grandis, avec la perspective qu’un jour, à l’âge adulte, ils pourront peut-être transmettre ce livre avec fierté à un proche. Ce livre qui a germé de toutes les graines de poésie semées avec l’aide des jardiniers des mots : enfants, enseignantes, poète, éditeur, Fondation Indigo et Printemps des Poètes à Tours.